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Chronique Symphonies Irrationnelles sur French Touch
Sixième album pour Semper Eadem, si l’on comptabilise le split avec Maelifell, « Symphonies irrationnelles » est le deuxième effort solo de David Vallée. A l’image de son ami Stéphane F. qui a longtemps porté à bout de bras le projet Fin de siècle, David explore en solitaire des terres désolées, des landes dépourvues de vie. L’écho lugubre d’un piano accompagne les déclamations d’esprits morts depuis longtemps, mais qui continuent de s’accrocher au monde qui les a enfantés. Leurs plaintes trouvent une incarnation dans les lamentations d’un violon égaré, âme en peine à la recherche d’un chemin de retour. Mais de retour il n’est point question car « Symphonies irrationnelles » n’est pas qu’une errance dans un espace sans repères, mais également un saut dans le temps. C’est une radio que l’on allume, et qui – au lieu de sa station préférée – émet une voix crachotante errant dans les méandres du temps. Avec elle se manifeste le romantisme d’une époque perdue, un dix-neuvième siècle rêvée, vue comme à travers un prisme déformant. Si David Vallée est lorrain, ce n’est sans doute pas un hasard : cette région a connu trois guerres franco-germaniques en 80 ans, est passée de mains en mains au rythme des combats, et porte encore aujourd’hui la marque de la folie humaine à travers un réseau de tranchées et de villages désertés, anéantis. C’est ce paysage qui hante le cerveau de ce musicien et qui lui inspire cette ôde mortuaire, célébrant un siècle de progrès qui s’est achevé sur un bain de sang, pourtant simple prélude aux horreurs industrielles du vingtième siècle.
Après la disparition du label messin La Cadera, qu’il avait fondé et dévoué à la cause de la musique néoclassique, David Vallée continue son chemin en solitaire. Ses expérimentations photographiques, visibles sur Internet, et sa musique, forment un tout à admirer de concert. Porteur d’une mélancolie que rien ne semble devoir apaiser, il se fait le véhicule d’une sensibilité exacerbée, exprimée par petites touches de nostalgie concentrée. Par certains aspects la musique de Semper Eadem peut être qualifiée de minimaliste. Pour autant, elle se suffit à elle même, puisant dans ses inspirations classiques ce qui lui suffit d’expressivité, sans jamais aborder le concept d’orchestration classique dont elle n’aurait que faire. « Symphonies irrationnelles » s’inscrit ainsi dans la continuité de « Divagations esthétiques » publié en 2005, et proclame qu’il faut continuer à compter Semper Eadem parmi les chantres du spleen moderne, malgré sa timidité en matière de communication et sa rareté d’expression discographique. (samedi 22 mai 2010)
Chronique par Ptit Boy